Signalement interne, externe et public : les différentes voies
Un lanceur d'alerte n'est pas tenu d'essayer d'abord votre canal interne — il peut s'adresser directement à un régulateur, ou, dans des cas restreints, rendre l'affaire publique. Comment fonctionnent ces voies.
Ceci s'applique aux entreprises situées dans l'UE.
Trois voies, pas une échelle stricte
La directive offre à un lanceur d'alerte trois façons de signaler une violation : en interne, auprès d'une autorité externe compétente, ou — dans des circonstances plus restreintes — publiquement. Une idée reçue courante veut que ces voies suivent un ordre strict, d'abord l'interne, l'externe seulement si cela échoue. Ce n'est pas le cas. Chaque voie a ses propres conditions de protection, et un lanceur d'alerte peut choisir entre elles.
L'interne d'abord est encouragé, pas exigé
L'art. 7(1) fait du canal interne une option de signalement disponible. L'art. 7(2) ajoute que les États membres devraient encourager son utilisation avant de passer à l'externe — mais seulement lorsque la violation peut être traitée efficacement en interne et lorsque le lanceur d'alerte estime qu'il n'y a pas de risque de représailles. C'est un encouragement adressé au jugement propre du lanceur d'alerte, pas un filtre que contrôle une entreprise.
L'art. 10 confirme directement le résultat pratique : un lanceur d'alerte peut signaler en externe « après avoir d'abord signalé par les canaux de signalement interne, ou en signalant directement par les canaux de signalement externe. » Aller directement voir un régulateur, sans aucune tentative par le canal interne, est un choix protégé dès le départ — pas un recours de repli pour quand la voie interne a déjà échoué.
Le signalement externe : directement auprès d'une autorité compétente
Le signalement externe consiste à s'adresser directement à l'autorité qu'un État membre a désignée pour recevoir les signalements dans le domaine concerné — le type d'organe couvert dans le guide propre de chaque pays (voir, par exemple, les trois canaux externes distincts de l'Allemagne ou le Défenseur des droits en France). Un lanceur d'alerte n'a pas besoin d'une raison pour préférer cette voie à la voie interne — la directive ne conditionne pas le signalement externe au fait d'avoir d'abord essayé le canal interne, ou d'y avoir échoué.
La divulgation publique : la voie la plus étroite, et le dernier recours
Rendre l'affaire publique — auprès de la presse, ou autrement publiquement — est la seule voie assortie de véritables conditions. L'art. 15(1) ne protège une divulgation publique que si l'une des trois situations suivantes est avérée :
- Le signalement interne et externe a été tenté et n'a produit aucune action appropriée dans les délais que ces canaux exigent, ou un signalement externe direct a connu le même sort.
- Il existe des motifs raisonnables de croire que la violation constitue un danger imminent ou manifeste pour l'intérêt public — une urgence, ou un risque de dommage irréversible.
- Il existe un risque réel que le signalement ne soit pas traité efficacement, ou un risque de représailles, s'il est signalé en externe à la place — des preuves susceptibles d'être dissimulées ou détruites, ou une autorité susceptible d'être de connivence avec le responsable de la violation.
Une divulgation publique faite directement à la presse au titre d'un régime national distinct de protection de la liberté de la presse échappe entièrement à cet article — c'est une voie différente, protégée de façon indépendante, pas une voie non protégée.
Pourquoi cela compte pour la conception de votre canal
Comme un lanceur d'alerte n'est jamais tenu d'essayer d'abord le canal interne, un canal lent, difficile à trouver, ou qui n'inspire pas confiance ne risque pas seulement de perdre le signalement — il risque de voir le signalement contourner entièrement l'entreprise et atterrir chez un régulateur, ou, si les conditions ci-dessus sont réunies, dans le domaine public. Voir « Une adresse e-mail suffit-elle comme canal de signalement ? » pour voir à quoi ce mode d'échec ressemble réellement en pratique.
Fondement juridique
- Art. 7(1)–(2), directive (UE) 2019/1937 — le signalement interne comme canal disponible, encouragé mais pas exigé avant de passer à l'externe.
- Art. 10 — le droit de signaler en externe, directement ou après un signalement interne.
- Art. 15(1) — les trois conditions dans lesquelles une divulgation publique bénéficie d'une protection.
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